La technique en douze étapes

La technique Chubbuck a été conçue, continue de s’enrichir et d’évoluer, aux Ivana Chubbuck Studios à Hollywood depuis plus de trente ans. Chaque année, la technique d’Ivana fait ses preuves et gagne du renom lors de nombreuses productions de théâtre, de cinéma et de télévision, ainsi qu’aux remises de prix comme aux Oscars et aux Golden Globes, entre autres.

 

Voici un extrait du livre La Force de l’acteur : manuel pour l'analyse de texte » :

« Un acteur qui se contente de ressentir ses émotions tend à tourner son interprétation vers l’intérieur. Il manque de souffle, ne fait pas naître l’inspiration – ni chez lui-même, ni chez son public. Tandis que, quand le spectateur voit un individu entreprendre tout et n’importe quoi pour passer outre sa douleur, en tentant d’atteindre son but ou son objectif, il est tenu en haleine car le dénouement devient imprévisible et vivant. Le fait d’agir génère du risque et, par conséquent, un voyage inattendu. Il ne suffit pas que l’acteur soit sincère. C’est à lui de faire les choix qui motivent les résultats passionnants. Vous pouvez peindre un véritable chef-d’œuvre, mais, si l’image qui s’en dégage ne force pas l’admiration, il n’accrochera pas le regard.

Cette technique vous apprendra comment utiliser vos traumatismes, votre détresse, vos obsessions, vos illusions, vos besoins, vos désirs et vos rêves pour nourrir et motiver l’accomplissement d’un dessein dans le rôle que vous jouez. Vous apprendrez que les obstacles dans la vie de votre personnage ne sont pas là pour être acceptés, mais pour être vaincus héroïquement. En un mot, ma technique vous apprendra comment triompher.

Cela fait plus de deux mille ans qu’Aristote a défini la lutte de l’individu pour triompher comme la quintessence de tout drame. Surmonter les barrières et les conflits de la vie, c’est ce qui rend une personne dynamique. Martin Luther King Jr., Stephen Hawking, Susan B. Anthony, Virginia Woolf, Albert Einstein, Ludwig van Beethoven, Mère Teresa et Nelson Mandela ont tous eu à mener des combats presque insurmontables pour atteindre leurs buts. En effet, plus grands furent les obstacles sur leur route, plus ces gens ont-ils déployé de passion pour les surmonter, donnant à leurs œuvres ou à leurs contributions davantage de profondeur. Ils ne sont pas devenus des êtres fascinants et accomplis malgré leurs défis, mais grâce à eux. Ce sont bel et bien ces qualités que l’on veut reproduire dans la création de personnages. Il est beaucoup plus intéressant de regarder quelqu’un se battre contre les coups du sort, plutôt que de le voir se contenter de supporter les désagréments de la vie. Un battant n’est d’ailleurs pas obligé de triompher pour être perçu comme tel. Un battant essaie de gagner, un perdant accepte la défaite.

En apprenant à vous connaître, vous vous bonifierez en tant qu’acteur. Vous avez besoin de comprendre ce qui vous touche, profondément et sincèrement. Les outils de jeu d’acteur qui suivent vous aideront à puiser dans votre âme, à vous ouvrir à la découverte, ainsi qu’à une voie pour exposer et canaliser tous ces merveilleux démons que nous avons tous en nous. Votre côté sombre, vos traumatismes, vos convictions, vos priorités, vos craintes, ce qui conduit votre ego, ce qui vous fait honte et ce qui amorce votre orgueil, ce sont vos couleurs, votre palette pour peindre en tant qu’acteur.

 
 
 

Les douze outils

  1. Objectif global : c’est ce que veut votre personnage dans la vie, au-delà de tout. Vous devez comprendre ce que votre personnage veut au travers du scénario.

  2. Objectif de scène : c’est ce que veut votre personnage au travers de l’intégralité d’une scène, tout en soutenant son objectif global.

  3. Obstacles : vous devez déterminer les barrières physiques, émotionnelles et mentales qui entravent le personnage dans sa quête de l’objectif global et de l’objectif de scène.

  4. Substitution : il s’agit de pourvoir l’autre acteur dans la scène du caractère d’un individu de votre vie réelle, en observant une cohérence avec l’objectif global et l’objectif de scène. Par exemple, si l’objectif de scène de votre personnage est « t’amener à m’aimer », vous devez trouver, dans votre vie, une personne de qui vous souhaitez être aimé désespérément, immédiatement et totalement. De cette façon, vous disposez de toutes les nuances d’un vrai besoin pour une personne réelle, comme dans la vie.

  5. Objets intérieurs : ce sont les images qui vous viennent à l’esprit quand vous parlez ou entendez parler de quelqu’un, d’un lieu, d’une chose ou d’un événement.

  6. Temps et actions : un temps est une pensée. Chaque fois qu’il y a un changement de pensée, un temps est passé. Les actions sont les petits objectifs attachés à chaque temps. Ils parrainent l’objectif de scène et, par conséquent, l’objectif global.

  7. Moment précédent : il s’agit de l’événement qui se déroule juste avant la scène que vous débutez (ou avant que le réalisateur crie « Action ! »), ce qui vous donne un point de départ, sur le plan physique comme émotionnel.

  8. Lieu et quatrième mur : jouer du lieu et du quatrième mur revient à rattacher l’environnement de votre personnage, se concrétisant normalement sur une scène, sur un plateau, dans un décor construit, dans un cours ou dans un décor réel, à un lieu de votre vie. L’emploi du lieu/quatrième mur doit soutenir les choix que vous avez faits au moyen des autres outils et entretenir une cohérence avec eux.

  9. Maniements : on parle ici de la manipulation des accessoires, qui engendre un comportement. Vous brosser les cheveux pendant que vous parlez, attacher vos lacets, boire, manger, trancher avec un couteau, etc., sont des exemples de maniements.

  10. Monologue intérieur : c’est le dialogue qui se déroule dans votre esprit mais que vous n’énoncez pas à voix haute.

  11. Conjoncture : il s’agit de l’histoire de votre personnage. Le cumul de ses expériences de vie qui détermine pourquoi et comment il agit dans le monde. Ensuite, vous devez personnifier la conjoncture de votre personnage à l’aide de la vôtre, pour arriver à comprendre vraiment et profondément son comportement, et ainsi incarner et vivre le rôle.

  12. Lâcher-prise : la technique Chubbuck fait sans conteste appel à l’intellect de l’acteur. Ce n’est toutefois pas une série d’exercices intellectuels. Cette technique est le moyen de créer un comportement humain tellement réel qu’il engendre le naturel et la bravoure caractéristiques du fait de « vivre un rôle ». Pour reproduire le flot naturel de la vie et rester spontané, vous devez sortir de votre propre tête. Pour ce faire, vous devez croire au travail déjà apporté par les onze outils précédents et lâcher prise.

Ces douze outils de jeu d’acteur vous procurent une base solide qui vous gardera dans l’instant présent et inspirera un jeu vif, profond, dynamique et puissant. »

Extrait de La Force de l’acteur : manuel pour l’analyse de texte.

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